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jeudi 9 février 2017

Vers l'émergence des Etats fantômes

La montée des populismes et l'envie d'hommes providentiels met à mal notre bonne vieille démocratie libérale ce qui devrait confirmer l'émergence des "hollow states" ou Etats fantômes.

Nous sommes bien entendu loin des états faillis comme la Somalie ou la Libye. Il reste dans un Etat fantôme l'apparence de l'Etat de droit : institutions, lois officielles, forces de sécurité... Mais tout n'est justement qu'apparence : l'Etat s'efface au profit d'intérêt privés détournant les institutions pour leurs propres intérêts.

Ainsi, le dirigeant d'un Etat fantôme :
- Détruit peu à peu les contre-pouvoirs afin de permettre à la classe dirigeante de confisquer les institutions et servir ses propres intérêts
- Favorise la force pour imposer sa Loi
- Détourne la Loi au profit de ses intérêts et tend à la kleptocratie (la corruption inpunie devenant une habitude)
- Décide de manière autocratique en prenant les décisions rapidement et brutalement, prenant les opposants au dépourvu
- Réserve peu à peu les services publics de base aux zones les plus peuplées, faute de moyens mais aussi faute de compétence et de vision au sommet de l'Etat
- Fonctionne souvent en réseau avec l'émergence de baronnies locales contrôlant de manière étroite des pans entiers du territoires (sur base communautaire par exemple). On peut observer d'ailleurs un accord tacite avec la classe dirigeante qui se concentre sur les zones les plus intéressantes
- Utilise à plein le potentiel des réseaux sociaux pour sentir les tendances et mobiliser ses soutiens. En saturant l'espace virtuel, il empêche les modérés de se faire entendre et détruit toute opposition sérieuse

Tout ceci fait penser aux républiques bananières des romans d'espionnage. Sauf que c'est désormais ce qui permet de définir de plus en plus d'Etats, parfois extrêmement puissants. Et ne pense pas seulement à Trump ou à Poutine. La France ou le Royaume-Uni offrent également une version douce de la transition vers un Etat fantôme. 

dimanche 11 décembre 2016

Légitime défense ou autodéfense ?

Encore une fois les faits-divers reflètent l'état d'esprit d'un pays. Tu lis qu'un buraliste ayant tué un cambrioleur a été condamné à 10 ans de prison en appel. Bien entendu, tu vois se répandre sur les réseaux sociaux des appels contre la justice pourrie, les hymnes à la légitime défense et autres appels à libérer ce brave homme.

Mais quand tu regardes les faits et le jugement rendu par le jury populaire (donc des citoyens lambda), tu te dis qu'il y a vraiment une radicalisation des esprits, une haine du droit, une envie de violence sans retenue. 

Car finalement, on parle d'un homme qui anticipant un vol après le sciage des barreaux d'une fenêtre décide d'attendre pendant plusieurs jours les cambrioleurs, armé d'un fusil de chasse, sans essayer de prendre des mesures dissuasives non violentes (blocage de la fenêtre, alarme...). Nous sommes très loin du moment de panique face à une agression mais bien devant la préméditation d'une action violente. Bien entendu, le buraliste ne voulait sûrement pas tuer le voleur, seulement lui faire peur mais dans ce genre de circonstances, le drame est vite arrivé car tout va très vite. 

Voilà pourquoi l'autodéfense n'est pas acceptable, voilà pourquoi il existe des forces de police, une justice pour faire le travail. Alors on peut évidemment s'épancher sur le laxisme de la justice ou l'inefficacité de la police mais ce sont ces institutions qui permettent d'éviter que les honnêtes citoyens se tirent dessus face à une agression réelle ou supposée. 

Malheureusement, tout ceci est désormais inaudible : la haine de l'autre, l'envie de vengeance, la rage contre toute forme de modération semblent avoir gagné. Et bientôt, ce sera l'état de droit qui disparaîtra au profit de la loi du talion. 

dimanche 30 octobre 2016

On achève bien les poivrots

Une époque se définit par ses faits-divers. Ce week-end à Echirolles, un homme éméché et visiblement hors de son état normal a commencé a menacer son voisinage avec une machette. Déploiement de police, négociation et puis le drame : l'homme se fait abattre par 5 policiers après avoir sorti un pistolet d'alarme. 

Il est tout de même difficile d'imaginer 5 policiers, armés pour certains de fusils d'assaut et abrités derrière des boucliers anti-balles se sentir menacés par un quinquagénaire bourré. Cette histoire est surtout l'illustration d'une impréparation totale, d'une absence de maîtrise de la situation, avec un dispositif totalement disproportionné (des fusils d'assaut contre une arme blanche, sérieusement ?). 

Un flic n'est pas un héros ou un justicier, c'est un bureaucrate armé, garant du respect des lois et astreint à des règles et procédures strictes. Il n'y a pas d'improvisation possible, un flic doit suivre la procédure à la lettre car elle permet de limiter les risques pour tout le monde. La seule question qui vaille est là : si les policiers impliqués n'ont pas suivis les règles d'engagement alors ils doivent être sanctionnés, point.

Mais dans un contexte délétère, tu trouves une armée de soutiens et de trolls plaidant la légitime défense face à une menace "imminente". Tu sais ce sont les mêmes qui te parle de "présomption de légitime défense", concept pouvant ouvrir la voie à toutes les bavures. A les entendre, le moindre excité dans une manifestation contre la loi travail ou dans une manifestation contre le mariage pour tous devrait pouvoir être neutralisé par tout moyen par les flics. 

Ces appels à l'usage immodéré de la force deviennent de plus en plus fréquents, de plus en plus véhéments. Et tu commences à te dire que les libertés publiques sont en train de disparaître peu à peu.

vendredi 18 mars 2016

La bascule d'une force de Police à une force de maintien de l'ordre

Tu vois autour de toi un changement dans la nature de la police qui patrouille dans les rues. 

Tu te souviens encore de ces vieux films où les flics portaient des uniformes, des chaussures de ville, un képi. Désormais tu croises des flics portant treillis bleu, rangers et casquette Police. Ils ressemblent à des paramilitaires de république bananière, ils te font peur et c’est normal. Cette transformation de l'uniforme n'est pas anodine, c’est la preuve tangible du basculement d’une force de police vers une force de maintien de l’ordre. Les deux n’ont rien à voir.

Une force de maintien de l’ordre :
- Voit tout civil comme un criminel en puissance, une menace potentielle,
- Considère sa protection comme plus importante que celle de civils,
- Peut blesser ou tuer des innocents sans être sérieusement inquiétée, 
- Pense aux résultats (la fin), sans se soucier des moyens même si ces derniers sont en dehors des Lois,
- Poursuit en priorité toute personne s’attaquant à eux au détriment d’autres crimes aussi graves (logique clanique).

Médite la différence avec la définition de la Police figurant dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : "La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée"

jeudi 31 décembre 2015

Police de la productivité

Tu regardes la course à la productivité, la littérature abondante et sans aucune doute très rentable pour leurs auteurs autour de cette injonction moderne. Les titres de ces bréviaires d'efficacité ne laissent planer aucune doute, tu dois entrer en guerre : "Productivité extrême", "Vaincre la proscratination", "Le management par les objectifs", "S'organiser pour réussir". 

Je ne te parles pas des extrémistes de la productivité qui te proposent de te lever à 4h30 du matin ou de dormir 5h par nuit afin d'améliorer ton efficacité. 

Pourtant, la productivité n'est qu'un moyen, une réflexion sur le comment faire. Être productif n'est pas un objectif en soi et ne doit pas être la mesure d'une vie réussie, n'en déplaise aux flics de la productivité. Tu ne vis pas pour être performant, n'en déplaise aux obsédés de la mesure.

L'important est de choisir ce qui t'importe vraiment dans ta vie personnelle, professionnelle, sentimentale. Choisir de se concentrer sur l'essentiel, refuser la course immature à la productivité pour caser un maximum de choses en un minimum de temps, voilà ce qui devrait guider ta vie. 

L'essentiel n'est pas de faire mais de choisir. Rappelle toi de cette histoire

mardi 24 novembre 2015

Un flic

Un flic, c'est un bureaucrate armé. Sa matraque n'est que le plongement des lois et règlements. Un flic n'intervient que quand il y a matière à paperasserie.

Rien à voir avec la lutte anti-criminalité ou avec les flics que tu regardes dans les séries télé.