dimanche 26 novembre 2017

De la mauvaise appréciation de l'aversion au risque

Tu entends régulièrement un discours sur l'aversion au risque de la population, son incapacité à prendre des décisions qui pourraient payer sur le long terme. Combien de critiques sur ces personnes qui n'investissent pas de manière substantielle sur les marchés financiers, ne sont pas prêtes à déménager pour un meilleur travail et j'en passe. 

Mais est-ce que la perception du risques n'est pas biaisée ? Car le risque perçu par une personne lambda est toujours multiformes et ne se limite pas au seul facteur observé. Ta vie est faite de soucis divers qui s'additionnent : trouver un travail (pouvant disparaître), payer les factures (pouvant augmenter), s'occuper des enfants (pouvant se retrouver sans crèche ou nounou)... In fine, les risques s'additionnent, rendant les audaces bien plus hasardeuses. Les petites expériences réalisées sur un type précis de risque sont souvent édifiantes mais ne sont qu'une simplification grossière de la toile de soucis dans laquelle se débattent tes congénères. Ainsi, le niveau de risque et d'incertitudes subit par la population est souvent très sous-estimé ce qui explique les comportements conservateurs, en particulier chez les plus modestes.

De même, il existe une perception biaisée du risque d'un investissement. Bien entendu, sur longue période investir en actions est plus rentable. Mais ceci suppose de laisser tourner son investissement, sans y toucher en espérant qu'aucun événement de la vie ne te touche (maladie, separation, besoin urgent d'argent suite à un pari douteux...). Si par malheur, tu as besoin d'argent lors d'une crise économique (ce qui est statiquement le cas), tu risques de liquider ton épargne au plus bas et perdre beaucoup d'argent. Voilà pourquoi la part de l'épargne investie en actions est si faible, la volatilité intrinsèque crée un risque intolérable pour le commun des mortels. Gagner en bloquant son épargne est le meilleur moyen de créer l'effet boule de neige ayant fait la fortune de Warren Buffett mais qui investit pour ne jamais devoir débloquer son argent en cas de coup dur ? Presque personne bien sûr (sauf Warren), voilà pourquoi les investissements volatils ne sont appréciés que par ceux qui ont le moins de chances de débloquer leur épargne. C'est à dire les plus riches. 

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